Santé mentale périnatale : ce que vivent vraiment les femmes, les hommes et les couples
- il y a 7 jours
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La grossesse et le post-partum sont des périodes de transformation profonde. On parle beaucoup de la joie d'accueillir un enfant, mais on parle beaucoup moins de la souffrance psychique qui peut accompagner cette transition, chez la mère, le père, ou au sein du couple lui-même. Pourtant, les données scientifiques à ce sujet sont très claires : la période périnatale est une fenêtre de vulnérabilité psychique majeure, pour chacun des deux parents. La santé mentale périnatale des femmes : bien plus qu'une histoire de "baby-blues"
Des chiffres qui parlent d'eux-mêmes
La dépression post-partum est l'une des complications les plus fréquentes et pourtant les plus sous-diagnostiquées. Selon la Haute Autorité de Santé, elle toucherait presque 25% des femmes après un accouchement, soit une femme sur 4. L'enquête nationale périnatale de 2021 (Santé Publique France) a mesuré pour la première fois de manière représentative la prévalence à l'échelle nationale : 1 mère sur 6 présentait des symptômes dépressifs deux mois après son accouchement, tandis qu'une femme sur 4 souffrait d'anxiété. Parmi les femmes présentant une dépression post-partum : plus de 83% souffraient également d'anxiété, et presque 24% avaient des idées suicidaires. Ce n'est pas anodin lorsque l'on sait que le suicide est désormais reconnu comme la première cause de mortalité maternelle. Un facteur de risque méconnu : les soins irrespectueux en maternité Une étude publiée fin 2025 a mis en évidence un facteur de risque encore peu connu : un quart des mères rapportent avoir vécu des soins irrespectueux en maternité. Il s'agit de paroles, de gestes ou de comportements vécus comme blessants, choquants ou non consentis. Ces soins irrespectueux sont associés à une augmentation de 37% du risque de développer des symptômes dépressifs après la naissance. Parmi les femmes concernées, 22% présentaient une dépression post-partum contre 16% dans la population générale. Dépression post-partum : un dépistage encore insuffisant Malgré l'obligation depuis juillet 2022 de l'entretien postnatal précoce, le dépistage des dépressions périnatales reste largement insuffisant. Moins de 40% des cas de dépression post-partum seraient correctement identifiés et pris en charge. La normalisation sociale de la souffrance maternelle, le tabou autour des difficultés de la maternité et le manque de formation des professionnels expliquent en grande partie ce chiffre. Quelques pistes d'action : 👉🏼 Généraliser le dépistage systématique avec l'EPDS à tous les temps clés du post-partum, pas uniquement à 6 semaines 👉🏼 Former l'ensemble des professionnels de première ligne (sages-femmes, médecins généralistes, pédiatres) à reconnaître les formes masquées et atypiques de dépression post-partum 👉🏼 Humaniser les soins en maternité : l'expérience de l'accouchement est un facteur de risque qui est documenté, ce n'est pas un détail 👉🏼 Proposer un accompagnement psychologique spécialisée en périnatalité dès l'apparition des premiers signes, sans attendre que la situation se dégrade 👉🏼 Casser le mythe "une bonne mère, est une mère heureuse" : la souffrance post-partum n'est pas un échec mais une réalité clinique qui mérite d'être reconnue et accompagnée La santé mentale périnatale des hommes : le parent invisible
Les pères aussi sont touchés par les dépressions post-partum
La dépression paternelle périnatale est une réalité clinique encore largement méconnue. Pourtant, les dernières données scientifiques nous indiquent que près de 10% des jeunes papas sont concernés.
La dépression paternelle se manifeste différemment de celle des mères.
Les pères ne sont généralement pas accablés par une tristesse profonde mais plus souvent par de l'irritabilité, de la colère, un retrait social, des comportements à risque ou des conduites addictives. Ces signaux atypiques expliquent en partie pourquoi elle reste aujourd'hui si peu diagnostiquée.
Son timing diffère également : alors que la dépression post-partum maternelle survient surtout dans les 6 premières semaines, le pic de dépression paternelle se situe entre 3 et 6 mois après la naissance, et peut se développer progressivement tout au long de la première année.
Les facteurs de risque spécifiques aux pères
Plusieurs facteurs de risque sont identifiés pour la dépression paternelle périnatale :
une précarité économique, chômage, stress financier
des antécédents psychiatriques personnels
une dépression de la conjointe : 25 à 50% des pères dont la partenaire est dépressive développeront eux-mêmes une dépression
Un faible soutien social perçu, un sentiment d'exclusion de la dyade mère-bébé
Des difficultés à s'adapter au nouveau rôle parental
Une étude de l'Inserm a montré que les pères ayant pris leur congé de paternité présentaient un risque de dépression post-partum réduit. Le congé paternité est donc un facteur protecteur documenté, ce qui plaide pour son allongement. Un système de santé qui regarde ailleurs Le système de soins en périnatalité est structurellement orienté vers la mère. Les pères ne bénéficient d'aucune consultation postnatale obligatoire, sont rarement inclus dans les entretiens prénataux et postnataux, et trouvent peu d'espace pour exprimer leurs propres difficultés. La société n'incite pas les hommes à parler de leur vulnérabilité psychique, les injonctions à la force et à la retenue émotionnelle freinent encore largement leur recours aux soins.
Quelques pistes d'action :
👉🏼 Systématiser l'inclusion des pères dans les entretiens prénataux et postnataux précoces. Les inclure, c'est le meilleur moyen de les impliquer 👉🏼 Former les professionnels de santé à reconnaître les expressions masculines de la détresse psychique périnatale 👉🏼 Encourager activement la prise du congé paternité, facteur protecteur qui est aujourd'hui documenté 👉🏼 Créer des espaces de parole dédies aux pères : groupes de parole, consultations mixtes parents-bébé, accompagnements psychologiques adaptés 👉🏼 Déstigmatiser publiquement la dépression paternelle : elle existe, elle s'accompagne, et elle a des conséquences sur le développement de l'enfant. La santé mentale du couple en période périnatale : le lien mis à l'épreuve
La transition à la parentalité fragilise le couple 40 à 70% des couples voient la qualité de leur relation impactée négativement après la naissance de leur premier enfant, et cela n'a rien d'étonnant : moins de temps libre ensemble, communication dégradée, conflits accrus autour des tâches domestiques, ou encore baisse d'intimité... La transition conjugale vers la parentalité implique un basculement identitaire et relationnel profond. La psychologique clinique met en évidence une tension entre l'axe conjugal (le désir, la séduction, la réciprocité) et l'axe parental (la sollicitude, le renoncement, la responsabilité). Ces deux axes ne sont pas spontanément compatibles. Le défi est de les tenir ensemble. La sexualité périnatale : un sujet encore trop tabou La sexualité est l'une des premières dimensions du couple à être affectée par la périnatalité. Une étude qualitative montre que si les couples anticipent une altération de leur sexualité, ils n'y sont pas vraiment préparés. Le tiers des couples juge négativement leur vie sexuelle après la naissance, et les difficultés peuvent perturber jusqu'à 3-4 ans après l'arrivée de l'enfant. Changements hormonaux, cicatrisation, fatigue, modifications du schéma corporel, repositionnement identitaire... Les facteurs sont multiples et se cumulent. L'absence d'information préalable est délétère pour le couple. Ce que les couples ne savent pas nommer, ils le vivent comme un problème individuel, voire comme un signal d'alerte sur leur relation. Quand les deux parents souffrent simultanément La co-occurence des dépressions parentales est une réalité documentée. La dépression d'un parent multiplie significativement le risque que l'autre soit également touché. Cette réalité pose une question essentielle : qui soutient le couple quand les deux souffrent ? Le système de santé périnatal est organisé autour de la dyade mère-bébé. Le couple, et a fortiori celui où les deux partenaires traversent une crise, reste largement invisible dans les dispositifs d'accompagnement. Quelques pistes d'action :
👉🏼 Intégrer la dimension conjugale dans l'accompagnement périnatale : informer les couples sur les transformations attendues de leur relation avant la naissance 👉🏼 Proposer des espaces d'accompagnement spécifiquement dédiés au couple parental et pas uniquement à la mère ou au père séparément 👉🏼 Aborder la sexualité périnatale sans tabou : c'est un enjeu de santé mentale et de qualité relationnelle 👉🏼 Créer des parcours de soin qui incluent le partenaire dès la période prénatale, pour prévenir la co-occurence des dépressions parentales 👉🏼 Déstigmatiser la thérapie de couple en périnatalité : consulter n'est pas un signe d'échec mais un véritable acte de protection pour toute la famille Rester parents et amants, c'est un équilibre qui se construit ! La période périnatale est un bouleversement à bien des égards : biologique, identitaire, relationnel. Et un bouleversement psychique pour chacun des membres de la famille, naissante ou déjà existante. Les données scientifiques le confirment : la souffrance psychique périnatale est fréquente, sous diagnostiquée, et souvent vécue seul.e. Elle touche les mères, les pères, les couples. En aucun cas elle ne vient signifier quelque chose du parent que nous sommes. Elle vient simplement souligner cette réalité que l'on occulte trop souvent : nous sommes humains. Prendre soin de sa santé mentale en période périnatale, c'est aussi prendre soin de son enfant. Prendre soin de soi, et prendre soin du lien. Tout est une question d'équilibre, et ce dernier se maintient rarement seul. Il se construit, avec le bon accompagnement, au bon moment.




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