top of page
Rechercher

La santé mentale parentale, un facteur essentiel au bon développement de l'enfant

13 oct.
5 min de lecture

La santé mentale des parents fait partie intégrante de l'environnement dans lequel un enfant grandit : quand une mère ou un père va mal sans être accompagné·e, le risque de difficultés chez l'enfant augmente. Ce risque n'est pas une fatalité : prendre soin du parent, c'est déjà prendre soin de l'enfant. On parle beaucoup de ce dont un bébé a besoin : dormir, manger, être porté, être stimulé... Mais ce dont on parle beaucoup moins, c'est ce dont ont besoin celles et ceux qui s'en occupent. Pourtant, la recherche est claire sur un point : le bien-être psychique des parents n'est pas un luxe ni une affaire privée. C'est un des piliers du développement de l'enfant.

Ce que disent les chiffres

Les difficultés psychiques autour de la naissance sont fréquentes, chez les mères comme chez les pères.

  • 16,7 % des mères ont un score évoquant une dépression 2 mois après l'accouchement (France, 2021, Santé publique France, ENP 2021).

  • 5,4 % des mères déclarent des idées suicidaires à 2 mois (même enquête).

  • 10,4 % des pères présentent une dépression entre la grossesse et le premier anniversaire de l'enfant (méta-analyse de 43 études, Paulson & Bazemore, JAMA 2010).

  • Environ 13 % des femmes sont concernées par un trouble psychique après une naissance, dans le monde (OMS).

  • 17 % des morts maternelles jusqu'à 1 an après la grossesse sont dues à un suicide, première cause (France, 2016-2018, 7e rapport ENCMM).

Pourquoi la santé mentale du parent compte pour l'enfant

Un bébé ne se développe pas seul : il se construit dans la relation, à travers les regards, les voix, les gestes et les réponses de ceux qui prennent soin de lui.

Une grande recherche publiée dans The Lancet en 2014 (Stein et al.) conclut que les troubles psychiques périnataux des parents sont associés à un risque plus élevé de difficultés émotionnelles, comportementales et développementales chez l'enfant. Elle insiste aussi sur deux points essentiels : ces difficultés ne sont pas inévitables, et ce qui fait la différence, ce sont des facteurs sur lesquels on peut agir, en particulier la qualité des soins au quotidien et le soutien social autour du parent.

L'expérience dite du « visage impassible » (Still Face), présentée par Edward Tronick et ses collègues en 1975, aide à comprendre pourquoi. Après quelques minutes d'échange normal, on demande à la mère de rester inexpressive. Le bébé multiplie d'abord les tentatives pour relancer le lien, puis se détourne, désemparé. Une dépression peut, sans que le parent le veuille, rendre ce visage plus souvent fermé : moins d'énergie, moins de disponibilité, moins d'élan.

Ce n'est pas une question de « bon » ou de « mauvais » parent. Donald Winnicott parlait déjà de la mère « suffisamment bonne » : pas une mère parfaite, mais une mère (ou un parent) assez présent·e, qui se trompe et qui répare. Un parent qui souffre a besoin d'être soutenu, pas jugé.

Les pères aussi

La dépression périnatale n'est pas qu'une affaire de mères. Dans la méta-analyse de Paulson et Bazemore (2010), environ un père sur dix présente une dépression entre la grossesse et le premier anniversaire de l'enfant, avec un pic à 25,6 % entre 3 et 6 mois après la naissance.

La même étude montre que la dépression d'un parent est liée à celle de l'autre, on peut alors parler de contagion dépressive. Autrement dit, quand l'un des deux va mal, l'autre est plus exposé. C'est une raison de plus pour regarder le couple, et pas seulement chaque parent séparément.

La dépression peut aussi prendre chez les hommes une forme moins attendue : une étude américaine sur plus de 5 000 adultes montre qu'ils l'expriment plus souvent que les femmes par de la colère, de l'irritabilité, des prises de risque ou une consommation d'alcool et de drogues (Martin et al., JAMA Psychiatry, 2013). Chez un jeune père, elle passe donc d'autant plus facilement inaperçue.

J'en parle plus longuement dans l'article Dépression post-natale du papa : ce qu'on ne dit presque jamais.

Ce qui protège l'enfant… et le parent

La bonne nouvelle, c'est que les leviers sont concrets.

  • Soigner le parent. Une dépression ou une anxiété périnatale se traite. Consulter tôt, c'est protéger toute la famille.

  • Ne pas rester seul·e. Le soutien social figure parmi les facteurs protecteurs identifiés par la recherche : un·e partenaire impliqué·e, des proches, d'autres parents, des professionnel·les.

  • Prendre soin du couple. Quand la relation devient un lieu de tension permanente, chacun s'épuise plus vite. En parler, répartir la charge, se retrouver un peu : ce n'est pas secondaire.

  • Miser sur la réparation, pas sur la perfection. Un enfant n'a pas besoin d'un parent toujours disponible. Il a besoin d'un parent qui revient vers lui après un moment de déconnexion.

  • S'appuyer sur ce qui existe. Le rapport « 1000 jours : là où tout commence » (commission présidée par Boris Cyrulnik, 2020) a recommandé de mieux accompagner les parents après la naissance, notamment via l'entretien prénatal précoce et les services de PMI.

Quand s'inquiéter et où trouver de l'aide

Certains signes méritent d'en parler à un·e professionnel·le, surtout s'ils durent plus de deux semaines : tristesse ou vide la plupart du temps, perte d'intérêt pour tout, anxiété envahissante, sentiment d'être un mauvais parent, troubles du sommeil même quand le bébé dort, irritabilité inhabituelle, envie de fuir.

Si tu as des idées de mort ou de suicide, n'attends pas.

  • 3114 : numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 h/24 et 7 j/7, pour toi ou pour un proche.

  • 15 : urgence médicale.

  • Ton médecin, ta sage-femme, la PMI de ton secteur : ils peuvent t'orienter rapidement.

  • L'association Maman Blues propose des groupes de parole et un forum (maman-blues.fr).

En consultation, j'accompagne les parents et les couples dans cette période, seul·e ou à deux, en visio : découvrir l'accompagnement couple et post-partum, ou prendre rendez-vous.

Pour aller plus loin

  • Daniel N. Stern et Nadia Bruschweiler-Stern, La naissance d'une mère, Odile Jacob, coll. Poches, 2009.

  • Donald W. Winnicott, La mère suffisamment bonne, Payot, Petite bibliothèque Payot, 2006.

  • Joanna Smith (dir.), Le grand livre des 1000 premiers jours de vie, Dunod, 2e éd., 2025, préface de Boris Cyrulnik.

  • Boris Cyrulnik, Les nourritures affectives, Odile Jacob, coll. Poches, 2000.

Sources

 
 
 

Commentaires


bottom of page